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La balance énergétique est le concept le plus largement utilisé en activité physique et en nutrition pour expliquer les variations à moyen ou à long terme de la masse corporelle. ​Généralement, on décrit la balance énergétique comme la différence entre les apports et la dépense d’énergie. Une balance positive entraînera donc un gain pondéral, alors qu’une balance négative entraîne habituellement une perte de poids (Blundell et al., 2010). Les recherches récentes dans ce domaine nous sortent du cadre établi jusqu’à maintenant et soulignent notamment que la relation entre l’exercice et la nutrition semble être plus complexe que ce qui a été mis en lumière jusqu’à ce jour.

S’entrainer AVANT de manger ?
Les études portant sur ce sujet semblent démontrer qu’après une séance d’exercice, les sensations d’appétit et l’ingestion calorique pourraient être diminuées de façon transitoire (King et al., 2012). En effet, l’activité physique pratiquée à intensité moyenne ou élevée semble avoir un effet coupe-faim (anorexigène) (Thivel et al., 2012). Les mécanismes expliquant ce phénomène impliquent d’une part qu’on stimule le système nerveux sympathique et donc l’augmentation de la sécrétion des hormones de satiété (glucagon-like peptide 1, peptide YY, polypeptide pancréatique, leptine, etc.). D’autre part, l’exercice cause également une diminution de la sécrétion des hormones de la faim (ex : ghreline acylée, glucagon) (Schubert et al. 2014). Le type d’exercice et l’intensité de l’effort pourraient avoir un impact sur le phénomène. Alors que l’exercice comme la course à pied affecterait de façon plus marquée ces mécanismes, les exercices à basse intensité, tels que la musculation et la marche, sembleraient ne pas avoir d’effet ou même, selon certaines études, pourraient causer une augmentation de l’ingestion alimentaire (Hazell et al., 2016).

On peut se demander si l’effet mesuré sur l’ingestion calorique se traduit également en un changement dans les aliments choisis et, par conséquent, sur le type de macronutriments ingérés. Une étude publiée en 2015 (Albert et al., 2015) rapporte à ce sujet qu’après une séance d’activité physique cardiovasculaire d’intensité moyenne à élevée, on observait non seulement une diminution de 25% de l’apport calorique, mais aussi une réduction de 11% de l’ingestion lipidique!

Ça fonctionne pour qui ?
Les hommes semblent plus sensibles que les femmes à l’effet anorexigène de l’exercice à cause des augmentations plus marquées de la leptine et de l’insuline, des hormones coupe-faim (Brown et al., 2012; King et al., 2007). En ce qui concerne les personnes obèses, il n’y pas de consensus dans la littérature : certaines études démontrent un changement dans l’ingestion alimentaire, alors que d’autres n’en ont pas mesuré (Schubert et al., 2014; Thivel et al., 2016). Dans tous les cas, chez les personnes obèses comme chez les sujets de poids normal, l’effet serait dépendant de l’intensité de l’exercice. Chez les personnes déjà entraînées, il ne semble pas y avoir de changement dans l’ingestion calorique. Cependant, certains argumentent que si on s’entraine régulièrement, on bénéficie déjà de l’effet régulateur de l’exercice sur notre ingestion alimentaire, donc on ne peut pas mesurer de changement (Howe, Hand, & Manore, 2014; Schubert et al., 2014).

Qu’en est-il des effets à plus long terme ?
Dans une étude publiée en 2016, des participants ont été soumis soit à une diète hypocalorique ou à des séances d’exercice durant 3 jours ; les deux interventions résultaient en une balance énergétique négative de 25% par jour (Cameron et al., 2016). Lorsqu’exposés à un buffet à volonté, les participants soumis à la diète mangeaient plus que les participants du groupe exercice. Cela démontre donc que, même si leurs effets sur la balance énergétique sont similaires, une diète hypocalorique amène une surcompensation plus rapide des mécanismes de la faim que l’exercice. Morale de l’histoire : il faut s’entrainer pour moins manger!

Et si l’exercice avait aussi un effet sur nos sens liés à l’ingestion calorique? 
On peut prendre l’exemple de la boisson électrolytique désaltérante de type Gatorade® pour mieux illustrer le concept de l’augmentation du goût. De ce fait, si l’on boit une gorgée de cette boisson lorsque notre corps est en mode inactif et passif, le goût sucré n’est pas très prononcé et même plutôt fade. À l’opposé, lorsque nous bougeons et que nous effectuons un effort physique d’intensité moyenne à élevée, le goût nous semble très sucré et savoureux. Une boisson bue au repos aurait ainsi un goût différent après quelques minutes d’exercice. Dans une étude parue en 2004, Horio et collaborateurs ont observé chez leurs sujets une préférence gustative pour différentes substances sucrées après une séance d’activité physique (Horio, 2004). Ces auteurs rapportent également qu’après une séance d’exercice physique, les sujets testés avaient une plus haute préférence pour les goûts sucrés et acides, mais qu’aucune différence n’avait été mesurée pour les goûts salés, amers et umami (Horio & Kawamura, 1998). L’augmentation de la perception des goûts est un mécanisme qui pourrait expliquer pourquoi l’ingestion de macronutriments diminue peu de temps après avoir effectué un exercice physique. Étant donné que certains goûts nous sembleraient plus forts, on atteindrait la satiation sensorielle plus rapidement, ce qui aurait potentiellement pour effet de diminuer l’ingestion calorique (Vickers et al., 2001). La pratique régulière d'une activité physique modérée agirait donc comme un régulateur d'appétit.

Et du côté de la perception des goûts gras et salé ?
Peu de recherche porte sur la composante grasse et salée de l’alimentation et l’effet anorexigène. Une étude récente de Sayed et collègues a démontré que les enfants obèses ont une perception du goût gras plus faible que chez les enfants ayant un poids normal (Sayed et al., 2015). L’étude conduite par Crystal et al. (Crystal, Frye, & Kanarek, 1995) révèle que des nageuses athlétiques avaient une perception des goûts gras et sucrés plus accentuée par rapport au groupe témoin qui s’entrainait moins que 3h par semaine, mais aucune différence fut observée entre les nageuses avant et après une saison athlétique. Par conséquent, les perceptions des goûts sucrés et gras devraient aller dans le même sens et être plus prononcées suite à la pratique d’une activité physique.

L’odorat est-elle accentuée par les composantes de notre alimentation ?
Le goût et l’odorat sont étroitement liés puisque, selon Labbe et al. (Labbe, Damevin, Vaccher, Morgenegg, & Martin, 2006), l’odeur serait une composante importante dans la représentation des saveurs. L’état nutritionnel  aurait aussi son rôle à jouer dans les perceptions olfactives. Effectivement, des carences alimentaires, comme celles en zinc par exemple, ont pour conséquence une diminution de l’acuité olfactive (Basdevant et al., 2011). 

L’activité physique pratiquée sur une base régulière amène plusieurs bénéfices et répercussions sur l’organisme, dont la conservation et le raffinement de l’odorat. En effet, une recherche récente traitant du ralentissement de la diminution de l’odorat avec l’âge, grâce à la pratique d’un sport au moins une fois par semaine, a été réalisée. Il s’agit d’une étude américaine effectuée en 2013 (Schubert et al., 2013). Les 1 881 sujets dont il est question dans l’étude ont été suivis durant dix années au cours desquelles leurs perceptions de huit différentes odeurs (café, chocolat, citron, etc.) ont été testées à trois reprises. Durant ces années, ils ont également recueilli des données au sujet de leurs habitudes de vie. Les résultats de cette étude démontrent une insuffisance olfactive chez 27,6% des participants et il s’agissait de ceux qui ne pratiquaient pas d’activité physique sur une base quotidienne. Les chercheurs n’ont pas été en mesure d’identifier exactement ce qui crée cette protection de l’odorat lorsqu’on est actif, mais ils supposent que cela pourrait être en lien avec le fait que le sport améliore le fonctionnement général du corps et du cerveau. Cette recherche a aussi mis en lumière que les hommes sont plus à risque d’observer une baisse de leur sensibilité olfactive que les femmes.

Les scientifiques ont aussi découvert que les fumeurs sont plus touchés par des troubles de l’odorat. Avoir de saines habitudes de vie serait donc bénéfique pour l’odorat (Schubert et al., 2013).

Par contre, même si l’activité physique a un effet coupe-faim à court terme, il ne faut pas laisser la sensibilité aux odeurs stimuler, à long terme, une plus grosse prise d’aliments quotidiennement dû à des impulsions de gourmandise provoquées par des odeurs alléchantes. Cela est directement en lien avec la théorie de l’externalité selon laquelle des stimulus extérieurs et plus spécialement ceux sensoriels, comme l’odorat, sont directement en lien avec la quantité de consommation d’aliments (Basdevant et al., 2011). En d’autres mots, plus l’odeur de la nourriture est attirante, plus on serait porté à en manger une grande quantité. 

Donc bouger est-il si bénéfique au niveau sensoriel ?
En bref, la pratique d’activité physique peut provoquer une sensation anorexigène durant la période post-exercice et ainsi contribuer à créer une balance énergétique négative. De plus, la perception des goûts semble accentuée, ce qui joue un rôle sur la prise de macronutriments après la pratique d’une activité physique. Quant à l’olfaction, qui a tendance à diminuer avec l’âge, une séance d’exercice semble pouvoir l’affiner, alors que la pratique régulière d’activité physique permet de freiner son déclin.

Saviez-vous que…

L’Université de Montréal effectue présentement un projet de recherche visant à évaluer l’impact de l’activité physique sur les perceptions sensorielles. De façon spécifique, ce projet vise à vérifier si la perception des goûts et des odeurs dans la période post-exercice change selon le moment de la pratique de l’exercice. Intéressés par les résultats ? Suivez le laboratoire sur Facebook


Rédaction par Kapria-Jad Josaphat, Laurence Levasseur, Laurence LaRivière et Marie-Eve Mathieu
Département de kinésiologie, Université de Montréal
CHU Sainte-Justine

Références 
Albert, M. H., Drapeau, V., & Mathieu, M. E. (2015). Timing of moderate-to-vigorous exercise and its impact on subsequent energy intake in young males. Physiol Behav, 151, 557-562. doi:10.1016/j.physbeh.2015.08.030

Basdevant, A., Bouillot, J. L., Clément, K., Oppert, J. M., Tounian, P. (2011). Traité médecine et chirugie de l’obésité. Paris, France: Lavoisier, 139, 147, 292, 594.

Blundell, J., de Graaf, C., Hulshof, T., Jebb, S., Livingstone, B., Lluch, A., . . . Westerterp, M. (2010). Appetite control: methodological aspects of the evaluation of foods. Obes Rev, 11(3), 251-270. doi:10.1111/j.1467-789X.2010.00714.x

Brown, G. L., Lean, M. E., & Hankey, C. R. (2012). Reproducibility of 24-h post-exercise changes in energy intake in overweight and obese women using current methodology. Br J Nutr, 108(2), 191-194. doi:10.1017/S0007114511005575

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Crystal, S., Frye, C. A., & Kanarek, R. B. (1995). Taste preferences and sensory perceptions in female varsity swimmers. Appetite, 24(1), 25-36. 

hazell, T. J., Islam, H., Townsend, L. K., Schmale, M. S., & Copeland, J. L. (2016). Effects of exercise intensity on plasma concentrations of appetite-regulating hormones: Potential mechanisms. Appetite, 98, 80-88. doi:10.1016/j.appet.2015.12.016

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